Les indemnités kilométriques permettent aux salariés et aux professionnels indépendants de déduire les frais liés à l’utilisation de leur voiture personnelle à titre professionnel. Chaque année, l’État fixe un barème fiscal qui détermine le montant exact remboursable sans justificatif détaillé. Comprendre ce système est essentiel pour optimiser votre déclaration d’impôts et vérifier que votre employeur vous rembourse équitablement.
Qu’est-ce que le barème kilométrique ?
Le barème kilométrique est un tableau officiel publié chaque année par l’administration fiscale. Il fixe le montant déductible pour chaque kilomètre professionnel parcouru, selon la puissance fiscale de votre véhicule et le nombre total de kilomètres accumulés dans l’année.
Ce barème s’applique dans deux contextes différents : en tant que salarié, il sert de référence pour le remboursement des frais par votre employeur ; en tant qu’indépendant ou libéral, il vous permet de déduire vos frais réels lors de votre déclaration fiscale.
Bon à savoir : Le barème kilométrique 2026 reste identique à celui de 2025. L’administration fiscale n’a appliqué aucune revalorisation. Ce barème a été fixé par arrêté du 27 mars 2023 et reconduit annuellement depuis.
Le barème 2026 pour les automobiles
Le barème varie selon trois critères : la puissance fiscale du véhicule (en chevaux fiscaux, indiquée sur la carte grise), le nombre total de kilomètres parcourus dans l’année, et le type de motorisation (thermique ou électrique).
Pour une voiture de 5 CV (la majorité des petites voitures)
| Kilométrage annuel | Calcul | Tarif |
|---|---|---|
| Jusqu’à 5 000 km | 0,636 €/km | Montant direct |
| De 5 001 à 20 000 km | (d × 0,357) + 1 395 € | Formule applicable |
| Au-delà de 20 000 km | 0,427 €/km | Montant réduit |
Pour une voiture de 7 CV
| Kilométrage annuel | Calcul | Tarif |
|---|---|---|
| Jusqu’à 5 000 km | 0,652 €/km | Montant direct |
| De 5 001 à 20 000 km | (d × 0,395) + 1 164 € | Formule applicable |
| Au-delà de 20 000 km | 0,454 €/km | Montant réduit |
Pour une voiture de 10 CV et plus
Important : Le barème est plafonné à 7 CV fiscaux. Même si votre véhicule affiche 9, 12 ou 15 CV sur la carte grise, vous appliquez toujours le barème « 7 CV et plus ».
Calcul pratique : exemples concrets
Exemple 1 : Pauline, salariée avec une Peugeot 308 (5 CV)
Pauline parcourt 14 500 km professionnels par an pour se rendre à son cabinet médical distant de 35 km. Sa voiture est enregistrée à 5 CV.
Ses kilomètres tombent dans la tranche de 5 001 à 20 000 km. Elle applique la formule : (14 500 × 0,357) + 1 395 = 5 180,50 + 1 395 = 6 575,50 euros.
Son employeur lui rembourse 6 575,50 euros pour l’année fiscale. Ce montant est exonéré de cotisations sociales et de prélèvement impôt à la source.
Exemple 2 : Thomas, entrepreneur avec un monospace (7 CV)
Thomas est consultant et utilise un monospace Renault Scenic classé à 7 CV. Avec ses rendez-vous clients, il totalise 28 000 km annuels.
Comme son kilométrage dépasse 20 000 km, il applique le tarif réduit : 28 000 × 0,454 = 12 712 euros.
Thomas peut déduire ce montant de ses revenus professionnels lors de sa déclaration fiscale. Il économise environ 3 814 euros d’impôt sur le revenu (en supposant un taux marginal de 30%).
Les véhicules électriques bénéficient d’une majoration de 20%
Depuis 2021, l’administration fiscale encourage l’adoption des véhicules zéro émission en majorant les indemnités kilométriques. Si vous utilisez une voiture 100% électrique, le montant total calculé selon le barème est augmenté de 20%.
Reprenons l’exemple de Pauline avec une voiture électrique :
- Montant de base : 6 575,50 euros
- Majoration 20% : 6 575,50 × 0,20 = 1 315,10 euros
- Montant total : 6 575,50 + 1 315,10 = 7 890,60 euros
Cette majoration s’applique aussi aux motos, scooters et cyclomoteurs électriques selon le même barème.
Barème pour les deux-roues (motos et scooters)
Le barème des deux-roues motorisés fonctionne différemment. L’administration distingue deux catégories :
- Motocyclettes et scooters de plus de 125 cm³ : environ 0,329 €/km (jusqu’à 5 000 km)
- Cyclomoteurs et motos de moins de 125 cm³ : environ 0,273 €/km (jusqu’à 5 000 km)
Les tranches de kilométrage et formules pour deux-roues suivent une logique comparable aux voitures, avec des taux ajustés selon la cylindrée et l’usure du véhicule.
Astuce : Si vous utilisez plusieurs véhicules dans l’année (voiture l’été, moto en automne), vous pouvez cumuler les kilométrages si chaque déplacement était professionnel. Conservez un carnet détaillé.
Frais réels ou abattement forfaitaire de 10% ?
En tant que salarié ou non-commerçant, vous avez le choix lors de votre déclaration fiscale :
-
L’abattement forfaitaire de 10% : L’administration déduit automatiquement 10% de vos revenus professionnels sans justificatif. C’est le système par défaut.
-
La déduction des frais réels : Vous déclarez vos dépenses réelles (indemnités kilométriques, repas, péages, stationnement, documentation professionnelle, etc.).
L’administration fiscale compare automatiquement les deux et retient la solution la plus avantageuse pour vous. Cependant, si vos frais réels sont significativement plus élevés que 10%, vous avez intérêt à les documenter et les déclarer explicitement.
Attention : Les péages et frais de stationnement ne sont pas inclus dans le barème kilométrique. Vous devez les déclarer séparément si vous optez pour les frais réels et les justifier par des reçus.
Remboursement par l’employeur : exonération URSSAF
Quand votre employeur vous rembourse des indemnités kilométriques, ces sommes bénéficient d’un régime fiscal et social favorable :
- Exonération de cotisations sociales : Tant que le remboursement respecte le barème officiel, il n’est pas soumis aux cotisations d’assurance maladie, retraite ou CSG-CRDS.
- Pas de prélèvement impôt à la source : Le montant n’apparaît pas sur votre fiche de paie ni dans vos revenus imposables (sauf dépassement du barème).
- Limite stricte du barème : Tout remboursement au-delà du barème est considéré comme du salaire supplémentaire soumis à cotisations et impôts.
Exemple : Si l’employeur dépasse le barème
Antoine parcourt 8 000 km et le barème appliqué à sa voiture 5 CV donne : (8 000 × 0,357) + 1 395 = 4 251 euros.
Son employeur lui verse 4 500 euros pour « générosité ». Les 249 euros excédentaires (4 500 - 4 251) sont traités comme du salaire imposable et cotisé. Le reste, 4 251 euros, reste exonéré.
Documents à conserver pour justifier vos frais
L’administration fiscale peut demander des justificatifs à l’appui de votre déclaration. Conservez :
- Un carnet de route détaillant chaque trajet professionnel (date, lieu de départ, destination, motif, kilométrage)
- Les relevés kilométriques de votre odomètre au début et fin d’année
- Un GPS ou application GPS (Google Maps, etc.) téléchargé en PDF pour confirmer les distances
- Une assurance automobile mentionnant l’usage professionnel
- Une facture d’entretien annuelle pour prouver l’usage régulier du véhicule
En pratique : Vous n’avez pas besoin d’une justification minute par minute, mais l’administration attend une cohérence globale. Un salesman parcourant 50 000 km/an doit avoir des éléments objectifs (agenda de rendez-vous, géolocalisation d’appels clients, factures déplacements).
Déclaration d’impôts : où reporter vos frais
Pour les salariés
Lors de votre déclaration en ligne (formulaire 2042), accédez à la rubrique « Frais professionnels ». Vous y cochez l’option « Frais réels » et remplissez les cases prévues (selon votre situation : cadre, non-cadre, profession libérale).
Les cases varient selon votre statut :
- Cases 1AK à 1DK : Frais professionnels salariés (véhicule, repas, etc.)
Pour les indépendants et libéraux
Vous déclarez vos frais kilométriques sur votre bilan comptable ou directement dans la déclaration de revenu professionnel (microentreprise ou régime réel). Le barème vous offre une déduction automatique sans factures justificatives.
Les barèmes antérieurs et fréquence de mise à jour
L’administration fiscale ne revalorise pas le barème chaque année. Depuis 2023, les barèmes restent figés. Les précédentes revalorisations :
- 2023 : Augmentation de 5,4 % (arrêté du 27 mars 2023)
- 2022 : Revalorisation de 10 % pour tenir compte de la hausse des prix du carburant
- 2021 : Barème reconduit à l’identique
Cette stabilité signifie que, en cas d’inflation persistante (carburant, pneus, entretien), votre remboursement réel peut être inférieur à vos dépenses effectives. Conservez vos reçus si vous suspectez que le barème sous-évalue vos frais réels.
Cas particuliers et pièges à éviter
Trajets domicile-travail : Ils sont déductibles via le barème kilométrique, dans la limite de 40 km par trajet (soit 80 km aller-retour par jour). Au-delà de 40 km, vous devez justifier cet éloignement par des raisons professionnelles ou personnelles valables (mutation, emploi du conjoint, scolarité des enfants).
Multiusage du véhicule : Si votre voiture sert à la fois à des trajets personnels et professionnels, vous devez estimer la proportion professionnelle. L’administration accepte une estimation raisonnable justifiée par un carnet partiel.
Changement de véhicule en cours d’année : Vous pouvez appliquer deux barèmes différents selon les périodes d’usage.
Important : L’absentéisme ou les congés réduisent le kilométrage déductible. Vous ne pouvez déduire que les trajets réellement effectués à titre professionnel.
En résumé
Les indemnités kilométriques offrent un système simple et avantageux pour les professionnels qui utilisent leur voiture personnelle. Le barème 2026 reste inchangé par rapport à 2025, avec une majoration de 20% pour les véhicules électriques. Le choix entre abattement 10% et frais réels dépend de votre situation personnelle : conservez tous les justificatifs pour que l’administration fiscale puisse appliquer le régime le plus favorable. Pour les salariés, assurez-vous que votre employeur applique bien le barème officiel et versez les indemnités en l’absence de véhicule de fonction fourni.


