Vous êtes demandeur d’emploi et vous souhaitez créer votre entreprise ? France Travail vous propose deux options de financement : continuer à toucher vos allocations chômage chaque mois (ARE), ou recevoir une partie de vos droits sous forme de capital (ARCE). Ce choix a un impact direct sur votre trésorerie, votre protection sociale et vos revenus pendant les premiers mois d’activité. Voici tout ce qu’il faut savoir pour faire le bon choix en 2026.
ARE et ARCE : deux dispositifs, deux logiques
L’ARE (Allocation d’Aide au Retour à l’Emploi) et l’ARCE (Aide à la Reprise ou à la Création d’Entreprise) sont deux façons différentes de mobiliser vos droits au chômage pour financer la création de votre entreprise.
Avec le maintien de l’ARE, vous continuez à percevoir votre allocation mensuelle pendant que vous développez votre activité. Si votre entreprise génère des revenus, le montant de l’ARE est ajusté à la baisse, mais vous conservez un filet de sécurité régulier.
Avec l’ARCE, vous recevez 60 % de vos droits ARE restants sous forme de capital, versé en deux fois. C’est un coup de pouce financier immédiat pour investir dans votre projet, mais vous renoncez au versement mensuel de l’ARE.
Bon à savoir L’ARCE et le maintien de l’ARE ne sont pas cumulables. Vous devez choisir l’un ou l’autre au moment de la création de votre entreprise. Ce choix est définitif pour l’ARCE.
Les conditions pour bénéficier de l’ARCE
Pour demander l’ARCE en 2026, vous devez remplir trois conditions :
- Être indemnisé par France Travail : vous devez avoir des droits à l’ARE ouverts et être en cours d’indemnisation (ou ne pas avoir encore commencé à percevoir vos allocations)
- Créer ou reprendre une entreprise : le dispositif couvre toutes les formes juridiques (micro-entreprise, SARL, SAS, EURL, entreprise individuelle)
- Avoir obtenu l’ACRE : l’attribution de l’ARCE est conditionnée à l’obtention préalable de l’Aide aux Créateurs et Repreneurs d’Entreprise
Important L’ACRE a évolué en 2026 : elle prend désormais la forme d’une réduction de cotisations sociales plafonnée à 25 % des cotisations dues (et non plus d’une exonération calculée en fonction du revenu). Elle reste automatique pour les micro-entrepreneurs. Pour les autres statuts, vous devez en faire la demande auprès de l’URSSAF dans les 45 jours suivant la création.
Comment est calculée l’ARCE ?
Le montant de l’ARCE correspond à 60 % du reliquat de vos droits ARE au jour de la création de l’entreprise. Ce capital est versé en deux fois :
Le premier versement (50 % du capital ARCE) intervient au moment de la création effective de l’entreprise, une fois la demande validée par France Travail. Le second versement (les 50 % restants) est effectué 6 mois après la date de création, à condition que l’activité soit toujours en cours.
Exemple concret Nadia, 34 ans, quitte son poste de responsable marketing après une rupture conventionnelle. Son ARE journalière est de 55 €, et il lui reste 548 jours de droits. Son reliquat ARE total est de 30 140 €. L’ARCE représente 60 % de ce montant, soit 18 084 €. Nadia reçoit un premier versement de 9 042 € à la création de sa micro-entreprise de conseil, puis 9 042 € six mois plus tard.
Le maintien de l’ARE : comment ça fonctionne ?
Si vous choisissez de maintenir vos allocations, vous continuez à percevoir l’ARE chaque mois. Le calcul dépend de vos revenus d’activité :
Quand votre entreprise ne génère pas encore de chiffre d’affaires, vous touchez l’intégralité de votre ARE. Dès que vous déclarez des revenus, France Travail recalcule votre allocation : 70 % de vos revenus bruts mensuels sont déduits de votre ARE mensuelle. Depuis avril 2025, l’ARE est versée sur une base fixe de 30 jours calendaires, quel que soit le mois.
Les jours non indemnisés ne sont pas perdus. Ils reportent la fin de vos droits d’autant, ce qui allonge la durée totale de votre indemnisation.
Attention Depuis le 1er avril 2025, le cumul de l’ARE avec les revenus professionnels non salariés est limité à 60 % de vos droits restants. Auparavant, vous pouviez cumuler jusqu’à épuisement total de vos droits. Les 40 % restants peuvent être débloqués sur demande auprès de l’Instance Paritaire Régionale de France Travail, à condition de justifier que votre activité est effective mais ne génère pas encore de rémunération suffisante.
Exemple concret Karim, 29 ans, crée son activité de développeur freelance tout en restant inscrit à France Travail. Son ARE mensuelle est de 1 650 €. Le premier mois, il ne facture rien : il touche 1 650 €. Le troisième mois, il facture 2 000 € brut. France Travail déduit 70 % de 2 000 €, soit 1 400 €. Karim perçoit 250 € d’ARE ce mois-là, et les jours non consommés repoussent la fin de ses droits.
ARCE ou ARE : tableau comparatif
Voici les principaux critères de comparaison pour vous aider à choisir :
Modalité de versement : l’ARE est mensuelle, l’ARCE est un capital en deux fois.
Montant total perçu : avec l’ARE, vous pouvez percevoir 100 % de vos droits (si votre entreprise ne génère pas de revenus). Avec l’ARCE, vous percevez au maximum 60 % de vos droits restants.
Trésorerie immédiate : l’ARCE offre un apport important dès le démarrage, utile pour investir. L’ARE procure un revenu régulier mais pas de capital.
Couverture sociale : avec l’ARE, vous restez couvert par l’assurance chômage. Avec l’ARCE, vous perdez le statut de demandeur d’emploi indemnisé (mais vous restez inscrit à titre informatif).
Filet de sécurité en cas d’échec : avec l’ARE, vous conservez vos droits restants si vous cessez votre activité. Avec l’ARCE, seuls les 40 % de droits non versés sont récupérables.
Astuce Si votre activité nécessite un investissement de départ important (matériel, stock, local), l’ARCE peut être plus adaptée. Si vous lancez une activité de services avec peu de frais initiaux, le maintien de l’ARE offre une sécurité financière plus longue.
Quand l’ARCE est le meilleur choix
L’ARCE convient particulièrement dans trois situations. La première est celle des projets nécessitant un investissement initial : achat de matériel, aménagement d’un local, constitution d’un stock. Le capital versé permet de financer ces dépenses sans recourir à un emprunt.
La deuxième situation concerne les créateurs qui ont un carnet de commandes déjà rempli ou une visibilité forte sur leurs premiers mois de chiffre d’affaires. Dans ce cas, la trésorerie mensuelle est assurée par l’activité, et l’ARCE vient renforcer les fonds propres.
La troisième situation est celle des demandeurs d’emploi dont les droits ARE sont relativement courts (moins de 12 mois). Le capital ARCE permet alors de concentrer l’aide financière au moment où elle est la plus utile.
Attention N’oubliez pas que l’ARCE est imposable. Prévoyez de mettre de côté environ 10 à 15 % du montant reçu pour l’impôt sur le revenu, selon votre tranche marginale d’imposition.
Quand le maintien de l’ARE est préférable
Le maintien de l’ARE est souvent plus avantageux dans deux cas de figure. Le premier concerne les activités de services (conseil, freelance, formation) qui ne nécessitent pas d’investissement lourd au démarrage. Le revenu mensuel de l’ARE sécurise les premiers mois, le temps de trouver des clients.
Le second cas concerne les créateurs dont les droits ARE sont longs (18 mois ou plus). Sur la durée, le maintien de l’ARE peut rapporter davantage que l’ARCE. Depuis avril 2025, le cumul ARE + revenus non salariés est plafonné à 60 % des droits, ce qui réduit l’écart avec l’ARCE, mais le maintien de l’ARE reste plus avantageux si votre activité met du temps à décoller.
Exemple concret Sophie, 42 ans, a 18 mois de droits ARE à 1 800 € par mois, soit 32 400 € au total. Si elle choisit l’ARCE, elle perçoit 60 % de 32 400 € = 19 440 €. Si elle choisit le maintien de l’ARE et que son activité de formatrice met 6 mois à décoller, elle touche environ 10 800 € d’ARE à taux plein, puis continue à percevoir une ARE partielle pendant encore plusieurs mois. Au total, Sophie peut récupérer une somme bien supérieure à 19 440 €.
La démarche pas à pas
Pour demander l’ARCE, voici les étapes à suivre :
- Inscrivez-vous à France Travail si ce n’est pas déjà fait, et ouvrez vos droits à l’ARE
- Obtenez l’ACRE : automatique pour les micro-entrepreneurs, sur demande pour les autres statuts
- Créez votre entreprise : immatriculation au registre du commerce (RCS) ou au répertoire des métiers
- Déposez votre demande d’ARCE à votre agence France Travail avec votre extrait Kbis (ou certificat d’inscription) et l’attestation ACRE
- Recevez le premier versement sous 2 à 3 semaines, puis le second 6 mois plus tard
Pour le maintien de l’ARE, la procédure est plus simple : restez inscrit à France Travail, déclarez la création de votre entreprise lors de votre actualisation mensuelle, et déclarez vos revenus d’activité chaque mois.
Bon à savoir Vous pouvez créer votre entreprise avant même votre inscription à France Travail. Dans ce cas, vous disposez d’un délai de 12 mois après la fin de votre contrat pour demander l’ARCE, à condition que l’entreprise soit toujours en activité.
Que se passe-t-il si l’entreprise échoue ?
C’est un critère important dans votre choix. Si vous avez opté pour le maintien de l’ARE, la situation est simple : vous cessez votre activité, mettez à jour votre situation auprès de France Travail, et vous retrouvez vos droits ARE restants dans les mêmes conditions qu’avant.
Si vous avez choisi l’ARCE, les droits ARE non consommés par le capital (les 40 % restants) peuvent être réactivés. Vous devez pour cela radier votre entreprise, vous réinscrire à France Travail et demander la reprise de vos droits. La durée d’indemnisation restante est recalculée en déduisant les jours correspondant au capital ARCE déjà versé.
Important Si votre entreprise ferme dans les 6 mois suivant la création et que vous avez choisi l’ARCE, vous ne percevrez pas le second versement. Seul le premier versement (50 % du capital) vous aura été versé.
ARCE et cumul avec d’autres aides
L’ARCE est cumulable avec plusieurs dispositifs d’aide à la création d’entreprise. Vous pouvez notamment la combiner avec l’ACRE (exonération de charges), les aides régionales à la création, les prêts d’honneur des réseaux d’accompagnement (Initiative France, Réseau Entreprendre) et le NACRE (Nouvel Accompagnement pour la Création et la Reprise d’Entreprise).
Le maintien de l’ARE est également cumulable avec la prime d’activité de la CAF, à condition que vos revenus d’activité respectent les plafonds en vigueur. Cette combinaison peut augmenter significativement vos revenus pendant la phase de lancement.
Astuce Pensez à consulter votre conseiller France Travail avant de faire votre choix. Il peut réaliser une simulation personnalisée en comparant les montants ARE et ARCE dans votre situation précise.


