Vous avez travaillé 6 mois et vous venez de perdre votre emploi. La question tombe vite : combien de temps allez-vous être indemnisé ? La réponse est simple : 6 mois de travail vous ouvrent droit à 6 mois de chômage, soit 182 jours calendaires. C’est le plancher garanti par la réglementation actuelle.
Mais derrière cette réponse directe, il y a des conditions à remplir, un calcul à comprendre et des évolutions récentes à connaître. On vous explique tout.
La règle : 6 mois de travail = 6 mois d’indemnisation
Depuis le 1er février 2023, un coefficient de réduction de 0,75 s’applique à la durée d’indemnisation chômage. Concrètement, votre durée de droits est réduite de 25 % par rapport à la durée travaillée.
Avec 6 mois de travail, le calcul donnerait donc : 6 mois x 0,75 = 4,5 mois. Sauf que la réglementation fixe un plancher incompressible de 182 jours (soit 6 mois). Impossible de descendre en dessous.
Résultat : avec 6 mois de travail, vous percevez l’ARE pendant 6 mois.
Attention : ce coefficient de 0,75 s’applique aux allocataires dont la fin de contrat de travail est intervenue depuis le 1er février 2023. Si votre contrat s’est terminé avant cette date, les anciennes règles (sans réduction) s’appliquent.
Pourquoi cette règle du plancher existe
Sans ce filet de sécurité, un salarié ayant travaillé pile 6 mois ne toucherait que 4 mois et demi de chômage. Le plancher de 182 jours protège les travailleurs ayant des durées d’emploi courtes, souvent en CDD ou en intérim.
Bon à savoir : en cas de conjoncture économique dégradée, un complément de durée peut être accordé aux allocataires en fin de droits. Ce complément correspond à la différence entre la durée calculée sans le coefficient et la durée avec le coefficient.
Les conditions pour être indemnisé
Avoir travaillé 6 mois ne suffit pas. Plusieurs conditions doivent être remplies simultanément pour ouvrir vos droits à l’ARE.
Durée minimale de travail
Vous devez justifier d’au moins 130 jours travaillés ou 910 heures au cours des :
- 24 derniers mois si vous avez moins de 55 ans
- 36 derniers mois si vous avez 55 ans ou plus à la fin de votre contrat
Ces 130 jours n’ont pas besoin d’être consécutifs. Vous pouvez additionner plusieurs contrats (CDD, missions d’intérim, CDI…).
Perte involontaire d’emploi
Vous devez avoir perdu votre emploi de manière involontaire :
- Licenciement (économique, personnel, faute simple…)
- Fin de CDD
- Rupture conventionnelle
- Certaines démissions dites « légitimes » (suivi de conjoint, violences conjugales, etc.)
Autres conditions
- Résider en France plus de 6 mois par an
- Vous inscrire à France Travail dans les 12 mois suivant la perte d’emploi
- Être physiquement apte à travailler
- Être en recherche active d’emploi
Exemple concret : Lucas, 24 ans, a enchaîné trois CDD dans la restauration entre mars et août 2025, totalisant 135 jours travaillés. Son dernier CDD prend fin sans renouvellement. Il s’inscrit à France Travail en septembre 2025. Il remplit toutes les conditions : il perçoit l’ARE pendant 182 jours (6 mois).
Combien allez-vous toucher par mois ?
La durée, c’est une chose. Le montant, c’est ce qui compte au quotidien. Voici comment l’ARE est calculée.
La formule de calcul
L’allocation journalière repose sur votre Salaire Journalier de Référence (SJR), calculé à partir de vos salaires bruts des 24 derniers mois. Deux méthodes de calcul coexistent, et c’est la plus avantageuse pour vous qui est retenue :
- 40,4 % du SJR + 13,18 € par jour (partie fixe)
- 57 % du SJR
Le montant retenu est le plus élevé des deux, avec un plancher à 32,13 € par jour et un plafond à 294,21 € brut par jour.
Versement mensuel
Depuis le 1er avril 2025, l’ARE est versée sur une base fixe de 30 jours par mois, quel que soit le mois. Cela signifie que votre versement est identique chaque mois, que ce soit en février (28 jours) ou en janvier (31 jours).
Exemple concret : Nadia, 32 ans, a travaillé 6 mois en CDD comme assistante administrative pour un salaire brut de 2 000 € par mois. Son SJR est d’environ 65,75 €. Son allocation journalière est calculée ainsi :
- Méthode 1 : (65,75 € x 40,4 %) + 13,18 € = 39,74 €
- Méthode 2 : 65,75 € x 57 % = 37,48 €
C’est la méthode 1 qui est retenue : 39,74 € par jour, soit environ 1 192 € par mois (39,74 € x 30 jours). Elle percevra cette allocation pendant 182 jours.
Durées maximales d’indemnisation selon l’âge
Si vous avez travaillé plus de 6 mois, votre durée d’indemnisation augmente. Voici les plafonds en vigueur depuis le 1er avril 2025 :
| Âge à la fin du contrat | Durée maximale (avec coefficient 0,75) | Durée maximale (sans coefficient) |
|---|---|---|
| Moins de 55 ans | 548 jours (18 mois) | 730 jours (24 mois) |
| 55-56 ans | 685 jours (22,5 mois) | 913 jours (30 mois) |
| 57 ans et plus | 822 jours (27 mois) | 1 095 jours (36 mois) |
Important : les conditions d’âge pour les mesures seniors ont été décalées de 2 ans par rapport aux anciennes règles, en cohérence avec la réforme des retraites. Si vous aviez entre 53 et 54 ans, vous releviez autrefois de la tranche « senior ». Ce n’est plus le cas depuis le 1er avril 2025.
Les exceptions : 5 mois suffisent dans certains cas
Travailleurs saisonniers
Depuis le 1er avril 2025, si vous êtes travailleur saisonnier et que votre fin de contrat intervient à partir de cette date, vous pouvez être indemnisé dès 5 mois de travail au cours des 24 derniers mois, au lieu de 6.
Primo-entrants sur le marché du travail
La loi n 2025-989 du 24 octobre 2025 prévoit que les demandeurs d’emploi n’ayant jamais bénéficié de l’assurance chômage (ou ne l’ayant pas perçue depuis plus de 20 ans) pourront ouvrir des droits dès 5 mois de travail.
Astuce : si vous êtes dans cette situation de primo-entrant, rapprochez-vous de votre conseiller France Travail pour savoir si cette mesure est déjà opérationnelle. Son application dépend de l’agrément en cours de l’Unédic.
Ce qui pourrait changer dans les mois à venir
La convention d’assurance chômage du 15 novembre 2024 est entrée en vigueur au 1er janvier 2025, pour une durée de quatre ans (jusqu’au 31 décembre 2028). Toutefois, le gouvernement a adressé aux partenaires sociaux un document de cadrage appelant à renégocier certains paramètres, avec un objectif affiché de réaliser des économies supplémentaires.
Parmi les pistes évoquées : allonger la durée minimale de travail nécessaire, qui pourrait passer de 6 mois à 8, 10, voire 12 mois. Rien n’est acté à ce stade, mais c’est un signal à surveiller.
Important : tant qu’aucune nouvelle convention n’est signée et agréée, la règle des 6 mois (130 jours / 910 heures) reste pleinement en vigueur. Ne retardez pas votre inscription à France Travail en anticipant un éventuel durcissement.
Prochaine revalorisation des allocations
Les allocations chômage sont revalorisées une fois par an, avec effet au 1er juillet. La dernière revalorisation, de 0,5 %, date du 1er juillet 2025. La prochaine est attendue au 1er juillet 2026, avec une hypothèse de revalorisation de 0,6 % selon les prévisions financières de l’Unédic. La décision sera prise par le Conseil d’administration de l’Unédic courant juin 2026.
Les étapes concrètes pour faire valoir vos droits
Si vous venez de perdre votre emploi après 6 mois de travail, voici la marche à suivre :
- Inscrivez-vous à France Travail dans les 12 mois suivant la fin de votre contrat (le plus tôt est le mieux)
- Rassemblez vos attestations employeur : chaque employeur doit vous remettre une attestation. Vérifiez que les dates et salaires sont corrects
- Complétez votre dossier en ligne sur francetravail.fr : c’est plus rapide que les démarches papier
- Respectez le délai de carence : un délai d’attente de 7 jours s’applique systématiquement avant le premier versement, auquel peuvent s’ajouter des différés d’indemnisation
- Actualisez votre situation chaque mois entre le 28 et le 15 du mois suivant
Astuce : faites votre inscription en ligne dès le lendemain de votre fin de contrat. Plus vous attendez, plus le début de votre indemnisation est repoussé. Les 7 jours de délai d’attente commencent à courir à partir de la date d’inscription.
En résumé
Avec 6 mois de travail (130 jours ou 910 heures) au cours des 24 derniers mois, vous avez droit à 6 mois d’allocation chômage (182 jours). C’est le plancher garanti par la réglementation, même avec le coefficient de réduction de 0,75 qui s’applique depuis février 2023. Votre allocation journalière ne peut pas être inférieure à 32,13 € par jour, soit environ 964 € par mois au minimum.


