Qu’est-ce que la retraite progressive ?
La retraite progressive est un dispositif qui permet de réduire progressivement son activité professionnelle tout en commençant à percevoir une partie de sa pension de retraite. C’est une solution de transition intelligente entre la vie active à temps complet et la retraite complète.
Depuis septembre 2025, cet accès s’est considérablement amélioré : l’âge minimum a été abaissé de 62 à 60 ans. Cela ouvre le dispositif à un nombre beaucoup plus important de travailleurs. La retraite progressive permet une meilleure qualité de vie en fin de carrière : moins de travail, revenus stables (salaire + pension partielle), et accumulation de nouveaux droits.
Conditions d’accès à la retraite progressive en 2026
Pour bénéficier de la retraite progressive, vous devez cumuler trois conditions obligatoires :
Condition 1 : Âge minimum
Depuis le 1er septembre 2025, vous devez avoir au minimum 60 ans.
Avant cette date, l’accès était limité à 62 ans. Cette baisse récente est un progrès majeur, notamment pour les personnes ayant commencé à travailler tôt ou ayant des carrières difficiles.
Bon à savoir : Si vous aviez 60 ans en 2025 mais n’aviez pas satisfait les autres conditions, vous pouvez maintenant les revoir et potentiellement accéder à la retraite progressive.
Condition 2 : Durée d’assurance
Vous devez justifier d’au moins 150 trimestres de cotisations auprès d’un régime de base de sécurité sociale.
Ces 150 trimestres (37 ans et demi) incluent :
- Trimestres cotisés (travail salarié, travail indépendant)
- Trimestres assimilés (maladie, maternité, congé parental, chômage, service militaire)
- Trimestres d’études supérieures (depuis certaines réformes)
Exemple : Nadia a commencé à travailler à 20 ans. À 57 ans et demi, elle a atteint 150 trimestres. Elle peut demander la retraite progressive dès ses 60 ans, pourvu qu’elle réduise son activité.
Vérifiez votre nombre de trimestres en consultant votre dossier retraite auprès de votre caisse (Assurance Retraite, CNRACL, etc.).
Condition 3 : Activité à temps partiel
Vous devez exercer une activité professionnelle à titre de salarié ou travailleur indépendant réduite ou à temps partiel.
Le taux de temps partiel doit être compris entre 40 et 80% d’un emploi à temps complet :
- Minimum 40% : vous ne pouvez pas travailler moins de 40%, sinon l’aide est refusée
- Maximum 80% : vous ne pouvez pas travailler plus de 80%, sinon vous ne percevez pas de pension
Exemples concrets :
- Thomas travaille habituellement 35h/semaine. Il passe à 28h/semaine = 80% de son temps. C’est eligible.
- Sophie travaille 39h/semaine actuellement. Elle passe à 18h/semaine = 46% de son temps. C’est eligible.
- Pierre réduit de 39h à 12h/semaine = 31%. C’est en dessous du seuil, il ne peut pas accéder à la retraite progressive.
Le pourcentage se calcule sur votre salaire effectif, pas sur des heures théoriques. Votre employeur et vous devez documenter précisément ce nouveau taux.
Important : Le temps partiel doit être durable (au minimum sur la période de retraite progressive). Un arrangement temporaire ne suffit pas.
Accord obligatoire de l’employeur
Une condition supplémentaire, souvent oubliée : vous avez besoin de l’accord de votre employeur pour réduire votre temps de travail.
Peut-il refuser ?
Légalement, oui, mais son refus doit être motivé. L’employeur ne peut pas refuser sans justification. Les motifs légitimes incluent :
- Nécessité fonctionnelle de maintenir une activité complète (poste critique)
- Impossibilité matérielle de réorganiser le travail
- Manque de budget pour embaucher quelqu’un d’autre
Les motifs non valides :
- Rejet personnel ou discrimination
- Coût de la réorganisation (l’entreprise peut supporter un coût raisonnable)
Démarche recommandée
- Informez votre employeur en amont que vous projetez la retraite progressive
- Proposez une transition progressive : passage de 100% à 80% sur 6 mois, puis ajustement
- Documentez votre demande par écrit (email, courrier recommandé)
- Attendez une réponse écrite si possible
Si l’employeur refuse, demandez les motifs par écrit. Si vous jugez le refus abusif, consultez un avocat ou un représentant syndical.
Astuce : Montrez à votre employeur que la retraite progressive attire les talents et réduit le turnover. C’est un bon argument dans les secteurs avec pénuries de compétences.
Calcul de la retraite progressive
Formule générale
La fraction de retraite versée = Pourcentage de temps libéré.
Si vous travaillez 70% de votre temps habituel, vous êtes libéré 30% du temps. Vous recevrez donc 30% de votre pension retraite calculée.
Exemple concret :
- Marie travaillait 39h/semaine. Elle passe à 28h/semaine.
- Pourcentage de temps partiel : 28/39 = 72%
- Pourcentage de temps libéré : 100% - 72% = 28%
- Sa pension définitive complète serait 1 500€/mois
- En retraite progressive, elle reçoit : 1 500€ x 28% = 420€
Elle perçoit donc 420€ de retraite + son salaire à temps partiel (réduit bien sûr).
Durée de la retraite progressive
Vous maintenez ce régime aussi longtemps que vous le souhaitez, tant que les conditions sont respectées. Vous basculez automatiquement à 100% de la pension lorsque vous atteignez l’âge légal de départ à taux plein (actuellement 64 ans pour la plupart des générations 1960 et au-delà).
À cet âge, vous n’êtes plus “en retraite progressive” : vous êtes simplement à la retraite, quelle que soit votre situation professionnelle.
Impact des cotisations supplémentaires
Pendant la période de retraite progressive, vous continuez à cotiser sur votre salaire réduit. Ces cotisations améliorent votre pension définitive :
- Allongement de la durée totale de carrière
- Augmentation du salaire moyen pris en compte (si vos années partielles ne sont pas les plus basses)
- Amélioration possible de 1 à 5% selon le cas
C’est un vrai avantage par rapport à une retraite immédiate à taux réduit.
Important : Demandez une simulation auprès de votre caisse retraite pour chiffrer exactement cette amélioration dans votre cas.
Démarches pour accéder à la retraite progressive
Étape 1 : Vérifier votre éligibilité
Avant toute démarche, vérifiez :
- Votre âge (minimum 60 ans)
- Votre nombre de trimestres cotisés (minimum 150)
- Votre possibilité de réduire votre activité à 40-80% du temps
Consultez votre dossier retraite en ligne auprès de votre caisse (Assurance Retraite pour le régime général, CNRACL pour la fonction publique, MSA pour les agriculteurs, etc.).
Étape 2 : Négocier avec votre employeur
Avant de déposer une demande formelle auprès de la retraite, obtenez l’accord de votre employeur pour passer à temps partiel. C’est crucial : sans accord, votre demande sera refusée ou bloquée.
Documentez cet accord par écrit (contrat modifié, avenant, émail de confirmation).
Étape 3 : Préparer votre dossier
Rassemblez les documents :
- Pièce d’identité
- Copie du nouveau contrat (temps partiel)
- Justificatif de ressources (dernière fiche de paie, avis d’imposition)
- RIB pour les virements
Étape 4 : Adresser votre demande
Vous avez plusieurs options selon votre régime :
Régime général (Assurance Retraite) :
- Formulaire en ligne sur www.lassuranceretraite.fr
- Courrier auprès de votre caisse locale
- À l’agence Assurance Retraite en personne (sur rendez-vous)
Fonction publique (CNRACL, SRE) :
- Site du prestataire retraite (ex : www.cnracl.retraites.fr)
- Courrier auprès de votre employeur (collectivité, hôpital, etc.)
Travailleurs indépendants (SSI, Cipav, etc.) :
- Selon votre caisse ; vérifiez les modalités auprès de votre structure
Étape 5 : Suivi de la demande
Après dépôt, comptez 4 à 8 semaines pour une première réponse. Vous recevrez :
- Une notification d’acceptation avec le montant mensuel
- Ou un avis de refus précisant les raisons (âge insuffisant, trimestres insuffisant, etc.)
La pension est généralement versée à partir du mois suivant la décision, directement sur votre compte bancaire.
Astuce : Déposez votre demande 3 à 4 mois avant la date prévue de votre passage à temps partiel, pour éviter d’attendre trop longtemps.
Situation en fonction publique
En fonction publique (CNRACL pour la territoriale et hospitalière, SRE pour la nationale), les règles sont similaires mais avec des particularités :
Âge d’accès
Depuis septembre 2025, l’accès est aussi à 60 ans pour les agents CNRACL et SRE.
Accord du ministre ou de la collectivité
Au lieu d’un accord employeur classique, l’accord vient de l’administration ou de la collectivité. C’est souvent plus formalisé.
Continuité d’affiliation
Vous restez affilié au régime de la fonction publique. Aucune déperdition de droits.
Exemple concret : Rémi, agent territorial
Rémi, 62 ans, agent territorial depuis 30 ans (120 trimestres acquis) + 30 trimestres validés = 150 trimestres totaux, ne peut pas accéder à la retraite progressive car il n’a que 30 ans de carrière effective. Attendez un peu, dites-lui. Pardon, 120 + 30 = 150, c’est exact. Rémi peut donc demander la retraite progressive. Il travaille en mairie à 39h/semaine. Avec l’accord de la mairie, il passe à 28h/semaine (72%). Son montant de retraite progressive serait 28% de sa pension, auxquels s’ajoute son salaire temps partiel. À 64 ans, il bascule à 100% de pension et peut arrêter totalement ou continuer à temps partiel.
Cas particuliers
Changement d’employeur en retraite progressive
Si vous changez d’entreprise, la retraite progressive continue. Cependant, vous devez obtenir l’accord du nouvel employeur pour maintenir le temps partiel. Informez rapidement votre nouvelle caisse retraite du changement.
Interruption de l’activité
Si vous arrêtez complètement de travailler (licenciement, rupture de contrat), la retraite progressive s’arrête. Vous basculez à la retraite complète à taux réduit (jusqu’à 64 ans) ou pouvez repousser votre pension entièrement.
Travailleurs frontaliers
Les règles sont similaires. Vérifiez auprès de votre caisse de retraite ou de l’organisme de pays voisin que la retraite progressive est reconnue.
Activité indépendante
Les travailleurs indépendants peuvent aussi bénéficier de la retraite progressive. Les calculs sont similaires. Consultez votre caisse (URSSAF, MSA, Cipav, etc.).
Important : Les conditions précises pour les indépendants varient ; contactez votre caisse pour confirmation.
Avantages et inconvénients de la retraite progressive
Avantages
- Transition progressive : meilleure santé physique et mentale
- Revenus stables : salaire réduit + pension partielle
- Continuité des cotisations : amélioration de la pension finale
- Maintien de l’assurance maladie et du statut professionnel
- Flexibilité : vous restez actif mais avec un rythme allégé
Inconvénients
- Revenus réduits pendant la période de progression (moins de salaire + seulement fraction de pension)
- Accord employeur obligatoire : risque de refus ou de conflit
- Pas de “vraie” retraite : obligations de déclaration fiscale, statut professionnel maintenu
- Pension définitive pas connue avec exactitude à l’avance
- Dépend de la continuation de l’emploi
Conseil : Simulez votre situation avant de demander. Comparez retraite progressive, retraite anticipée, et poursuite d’activité à temps complet. Chaque cas est unique.
Ressources et contacts
- Assurance Retraite : https://www.lassuranceretraite.fr/portail-info/home/actif/je-souhaite-partir-plus-tot/retraite-progressive.html
- Service Public : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18399
- CNRACL (Fonction publique territoriale) : https://www.cnracl.retraites.fr
- SRE (Fonction publique nationale) : https://retraitesdeletat.gouv.fr
- Ministère du Travail : https://travail-emploi.gouv.fr/la-retraite-progressive


