Si vous touchez une retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, vous l’avez peut-être remarqué : votre pension n’a pas augmenté en novembre dernier, et elle ne bougera pas de l’année 2026. Pour la première fois depuis la fusion des régimes AGIRC et ARRCO en 2019, aucune revalorisation n’a été décidée. La valeur du point reste bloquée à 1,4386 € jusqu’au 31 octobre 2026.
Cette situation inédite concerne près de 14 millions de retraités du secteur privé et soulève de nombreuses questions : pourquoi ce gel ? Quel impact sur votre pouvoir d’achat ? Quand espérer une augmentation ? Voici tout ce que vous devez savoir.
Pourquoi aucune augmentation en 2026 ?
Un désaccord entre syndicats et patronat
Le 17 octobre 2025, le conseil d’administration de l’AGIRC-ARRCO a acté une décision historique : aucune hausse de la retraite complémentaire ne sera appliquée entre le 1er novembre 2025 et le 31 octobre 2026. La raison ? Une impossibilité de trouver un accord entre les organisations syndicales et patronales.
Les syndicats défendaient une augmentation d’environ 1 % pour suivre l’inflation et préserver le pouvoir d’achat des retraités. De leur côté, les représentants du patronat plaidaient pour une hausse limitée à 0,2 %, arguant des équilibres financiers du régime. Face à cette impasse, aucune revalorisation n’a pu être actée.
Important : C’est la première fois depuis 2019 que les partenaires sociaux ne parviennent pas à un consensus. Les années précédentes, des augmentations avaient toujours été décidées, même modestes : +1,6 % en novembre 2024, par exemple.
La règle théorique non appliquée
Normalement, selon l’accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023, la valeur du point AGIRC-ARRCO doit suivre l’évolution des prix à la consommation (hors tabac) estimée par l’Insee pour l’année en cours, diminuée de 0,4 point.
Pour 2025, l’Insee prévoyait une inflation de 1 %, ce qui aurait dû donner une base de discussion à 0,6 % (1 % moins 0,4 point). L’augmentation pouvait ensuite être fixée entre 0,2 % et 1 %. Mais faute d’accord, cette règle n’a tout simplement pas été appliquée.
Attention : Ce mécanisme de calcul, prévu par les textes, n’est qu’une base de négociation. Si les partenaires sociaux ne trouvent pas de terrain d’entente, rien ne les oblige légalement à revaloriser.
Combien vaut le point AGIRC-ARRCO en 2026 ?
La valeur du point de service (celle qui sert à calculer le montant de votre pension) est fixée à 1,4386 € depuis le 1er novembre 2024. Elle reste à ce niveau jusqu’au 31 octobre 2026.
Exemple concret : Martine, 68 ans, a accumulé 4 500 points AGIRC-ARRCO au cours de sa carrière. Sa pension complémentaire mensuelle est donc de 4 500 × 1,4386 € = 6 473,70 € par an, soit environ 539,48 € par mois. Avec le gel, ce montant ne bouge pas en 2026, alors que les prix à la consommation continuent d’augmenter.
Pour les salariés encore en activité, la valeur d’achat du point (celle qui détermine combien de points vous obtenez pour vos cotisations) est fixée à 20,1877 € au 1er janvier 2026. Cette valeur non plus ne sera pas modifiée dans l’année.
Qui est concerné par ce gel ?
Tous les retraités du secteur privé
Ce gel touche près de 14 millions de personnes : tous les anciens salariés et cadres du secteur privé qui ont cotisé obligatoirement au régime de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO pendant leur carrière.
Exemple : Philippe, 72 ans, ancien cadre commercial, perçoit une retraite de base de 1 200 € et une retraite complémentaire AGIRC-ARRCO de 1 400 €. Pour lui, la retraite complémentaire représente plus de la moitié de ses revenus. Le gel de 2026 pèse donc lourdement sur son budget.
Un impact différencié selon les profils
Les anciens cadres sont particulièrement touchés, car la retraite AGIRC-ARRCO représente souvent 50 % à 65 % de leur pension totale. Pour eux, l’absence de revalorisation se traduit par une perte de pouvoir d’achat significative.
À l’inverse, les personnes ayant eu des carrières courtes ou des salaires modestes, et qui dépendent davantage de la retraite de base, sont relativement moins impactées.
Bon à savoir : Si vous touchez une retraite complémentaire, vous êtes automatiquement concerné par cette décision. Aucune démarche n’est nécessaire de votre part : le gel s’applique directement sur votre pension.
Quel impact sur votre pouvoir d’achat ?
Une perte réelle de pouvoir d’achat
Même si votre pension en euros reste identique, le coût de la vie, lui, continue d’augmenter. Si l’inflation reste stable ou progresse, votre pouvoir d’achat diminue mécaniquement. En d’autres termes, avec le même montant de retraite, vous pouvez acheter moins de biens et services qu’auparavant.
Exemple concret : Fatima, 70 ans, perçoit 850 € de retraite complémentaire par mois. Si l’inflation annuelle est de 1,5 % en 2026, elle perd l’équivalent de 12,75 € par mois de pouvoir d’achat sur l’année, soit environ 153 € sur 12 mois. Pour quelqu’un qui vit avec des revenus modestes, cette perte est loin d’être anodine.
Un écart qui se creuse avec la retraite de base
Contrairement à la retraite complémentaire, la retraite de base a été revalorisée de 0,9 % au 1er janvier 2026. Pour une pension de base de 1 000 €, cela représente une augmentation de 9 € par mois.
Résultat : l’écart se creuse entre les deux composantes de votre retraite. Si vous dépendez majoritairement de l’AGIRC-ARRCO, le gel pèse encore plus lourd.
Évolution des prélèvements sociaux en 2026
Si votre pension reste gelée, vos prélèvements sociaux, eux, peuvent évoluer. Les seuils de revenus pour le calcul de la CSG ont été revalorisés de 1,8 % au 1er janvier 2026.
Concrètement, si vos revenus déclarés au printemps 2025 ont augmenté ou diminué en 2024, votre taux de CSG peut changer. Ce nouveau taux sera appliqué sur votre retraite AGIRC-ARRCO à partir de mars 2026.
Astuce : Vérifiez votre taux de CSG sur votre dernier avis d’imposition. Selon votre revenu fiscal de référence, vous pouvez être exonéré, ou soumis à un taux réduit (3,8 %), médian (6,6 %) ou normal (8,3 %).
Exemple : Ahmed, 66 ans, a vu ses revenus baisser en 2024 après la perte d’un complément de revenus locatifs. Son revenu fiscal de référence est passé sous le seuil du taux médian. À partir de mars 2026, il paiera un taux réduit de CSG de 3,8 % au lieu de 6,6 %, ce qui augmente légèrement sa pension nette malgré le gel.
Quand espérer une revalorisation ?
Automne 2026 : la prochaine échéance
La prochaine négociation cruciale sur la valeur du point aura lieu à l’automne 2026. Les partenaires sociaux se réuniront pour discuter d’un éventuel ajustement au 1er novembre 2026.
Le scénario reste incertain et dépendra de deux facteurs principaux :
- L’inflation constatée en 2026
- La capacité des syndicats et du patronat à trouver un compromis
Le plus probable reste une revalorisation comprise entre 0,2 % et 1,4 %, selon la formule habituelle basée sur l’inflation diminuée de 0,4 point.
Important : Rien ne garantit qu’un accord sera trouvé en 2026. Si un nouveau blocage survient, le gel pourrait se prolonger au-delà du 31 octobre 2026.
Que faire en attendant ?
Vous ne pouvez pas influencer directement la décision des partenaires sociaux, mais vous pouvez :
- Surveiller vos dépenses pour limiter l’impact de la perte de pouvoir d’achat
- Vérifier vos prélèvements sociaux pour être sûr de ne pas payer trop de CSG
- Solliciter des aides sociales si vos revenus sont modestes (allocation logement, aide au paiement de la complémentaire santé…)
Bon à savoir : Si vous avez des difficultés financières, l’action sociale de l’AGIRC-ARRCO propose des aides ponctuelles : aide au retour à domicile après hospitalisation, aide au financement de travaux, aide à l’équipement… Renseignez-vous sur le site officiel ou auprès de votre caisse de retraite.
Comparaison avec les années précédentes
Pour mieux comprendre la situation actuelle, voici l’évolution de la valeur du point AGIRC-ARRCO ces dernières années :
| Date | Valeur du point | Augmentation |
|---|---|---|
| Novembre 2023 | 1,3498 € | - |
| Novembre 2024 | 1,4386 € | +1,6 % |
| Novembre 2025 | 1,4386 € | 0 % (gel) |
| 2026 (maintien) | 1,4386 € | 0 % (gel confirmé) |
Depuis 2019, c’est la première année où aucune augmentation n’a été décidée. Les années précédentes, même en période de tension budgétaire, des revalorisations avaient toujours été appliquées.
Attention : Ce gel n’est pas compensé automatiquement l’année suivante. Si une augmentation de 0,8 % est décidée en novembre 2026, elle s’appliquera sur la base de 1,4386 €, et non sur ce que la valeur “aurait dû être” en 2026 avec une revalorisation.
En résumé
Le gel des retraites complémentaires AGIRC-ARRCO en 2026 est une situation inédite qui touche 14 millions de retraités du secteur privé. Votre pension reste identique jusqu’au 31 octobre 2026, avec un point à 1,4386 €.
Les raisons de ce blocage sont claires : un désaccord entre syndicats et patronat sur le niveau de revalorisation à appliquer. Les conséquences le sont tout autant : une perte de pouvoir d’achat pour tous les bénéficiaires, particulièrement marquée pour les anciens cadres.
La prochaine occasion de revalorisation interviendra à l’automne 2026, mais rien ne garantit qu’un accord sera trouvé. En attendant, restez attentif à vos prélèvements sociaux et n’hésitez pas à solliciter l’action sociale de l’AGIRC-ARRCO si votre situation l’exige.
Prochain rendez-vous : automne 2026 pour connaître la décision des partenaires sociaux sur l’année 2026-2027.


